mercredi 13 octobre 2010

Train de vie

Suite du billet précédent

J'ai souvent été étonné par cette réalité: tout ce que j'ai appris a fini par me servir, même lorsque j'avais l'impression d'avoir fait un détour inutile. Je ne sais pas si vous avez le même sentiment, mais j'ai souvent pensé qu'il n'y avait rien d'inutile dans la vie. On dirait que tout ce que l'on apprend finit par nous servir un jour où l'autre.

Lillian Cingo, directrice de Phelophepa
Cette réalité, exprimée autrement, on peut la voir dans le témoignage suivant:
La formation que j’ai aquise dans ce pays fut une bénédiction…Je sais que c’était le plan de Dieu. C’est comme si tout ce que j’ai appris dans ma vie devait porter ses fruits dans ce train. (Texte complet: Train de vie)

Le train dont il est question ici, c'est tout un exploit, c'est celui auquel j'ai fait allusion, à travers les propos de Lucie Pagé dans mon dernier billet:

Lucie Pagé a aussi entrepris de faire découvrir les Sud-Africains comme un peuple d'inventeurs - 80 brevets accordés chaque mois, dont 12 sur le marché international. Parmi les innovations rapportées, celle, fascinante, du Phelophepa, le "train de vie" qui parcourt 36 villages d'Afrique du Sud pour offrir ses services médicaux. "Ça, c'est une histoire de succès: ils ont touché plus d'un million de personnes qui autrement n'auraient pas ces soins.

Le train parcours 15 000km par année. Il voyage de janvier à septembre, passant une semaine à chaque arrêt. Dix-neuf membres permanents font partie de l’équipe ainsi que 36 étudiants en médecine de dernière année. Ils traitent environ 45 000 patients par année et des milliers d’autres bénéficient des programmes d’information et de formation dans les soins médicaux. Au tout début, il ne contenait que trois wagons et servait à dispenser des traitements ophtalmologiques.


Jean René Dufort, journaliste de Radio-Canada a été ému et impressionné par l'histoire. Lors de son passage en Afrique du Sud, à l'occasion de la coupe mondiale de soccer, il a laissé des billets intéressants ICI sur son blogue.

Quand on parle de train de vie en Afrique du Sud, on peut parler de deux réalités fort différentes.
La première est matière à scandales: le train de vie de certains ministres du gouvernement qui se promènent dans de luxueuses limousines. Personnellement, je n'y vois pas de quoi fouetter un chat. Il y a des fonctions qui peuvent être honorées par un certain décorum. Je réserve à plus tard mes opinions sur les scandales et la corruption.

Je préfère parler pour le moment de ce qui mérite nos éloges. L'autre train de vie, celui dont a parlé Lucie Pagé. Une idée géniale, imitée par l'Inde. Et pour voir l'Afrique sous un autre visage, voir l'Afrique en marche.

Plus près de nous, dans ma ville de Sherbrooke, un autre train à succès mérite de faire parler de lui: l'Orford Express. Sur les raills désafectées d'un ancien réseau ferroviaire, on a fait revivre un projet touristique dont les retombées ne cessent de grandir au delà de tout ce qu'on avait pu espérer.



Un tout petit détail amusant, en passant: le chef de train que l'on voit ici et dans le vidéo est un prêtre, un vrai: l'abbé Donald Thompson. J'ai d'ailleurs eu l'occasion de voir présider des funérailles dans un centre funéraire dernier cri.

La cérémonie fut très touchante. Elle concernait une dame morte à un âge avancé qui avait souffert toute sa vie se demandant ce qu'il était advenu d'un de ses fils. Ce dernier était parti, alors qu'il avait 18 ans. Il avait comme projet de traverser le Canada jusqu'à l'océan pacifique. Elle n'a plus jamais eu de nouvelle de lui. L'abbé Thompson avait dit: Que l'on soit croyant ou pas, on peut penser que si Dieu existe, elle sait maintenant ce qu'elle avait voulu savoir toute sa vie: où est passé son fils. Sinon, elle repose en paix.

Cliquer sur l'Orford Express. Une vois sur ce lien, vous aurez accès à un vidéo reportage. Vous y verrez l'abbé Thompson à l'oeuvre présenter l'attraction touristique.

Orford Express


Ce même train sert pour une émission de télévision qui, semaine après semaine, présente des témoignages touchants sur des personnages connus qui ont vu la mort ou la souffrance de près: On prend toujours un train pour la vie. Pour en avoir un meilleur aperçu, je vous recommande chaudement de cliquer sur Un train illuminé pour Noël.

Ce train prend actuellement un nouveau départ. Il vient de s'associer à la campagne de financement de la Maison Aube Lumière.

La Maison Aube Lumière est une résidence de soins palliatifs pour personnes atteintes de cancer. On y fait de vrais petits miracles dans l'accompagnement des personnes en phase terminale. J'ai pu le réaliser. Plusieurs personnes peuvent affronter les derniers jours de leur vie dans un climat presque serein.

Ma mère et moi,
moins de 2 ans avant son décès
Ma mère a pu en profiter dans ses derniers jours. Elle n'avait pas le cancer, mais une maladie fatale. Elle se trouvait au Centre Universitaire de Sherbrooke. Ses jours étaient comptés. Nous avions engagé une employée de la Maison Aube Lumière pour lui tenir compagnie durant la nuit. Nous ne voulions pas qu'elle reste seule.

Elle qui avait toujours dit ne pas craindre la mort, en avait une sainte frousse. Elle m'avait même exprimé l'idée qu'elle ne voulait faire de peine à personne par sa mort. La personne qu'on nous a référée pour l'aider était une professionnelle en la matière, à l'emploi de la Maison Aube Lumière. Son approche était divine! Tout le monde devrait avoir droit à ce genre d'assistance pour mourir dans la dignité, en harmonie avec ses croyances.

CHUS
La nouvelle Maison Aube Lumière sera construite à proximité du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke au coût de 3,5 millions de dollars. La moitié du montant a déjà été recueilli.

D'accord, je viens de faire un certain détour. Revenons à nos trains. Les vrais trains avec des wagons. Il y a de biens belles réalisations dont je viens vous parler. L'Afrique nous a donné un bien bel exemple. Mais je ne peux m'empêcher de penser à tout ce qu'on a démoli ici au Canada.

Le train, ce fut un véritable symbole au Canada, un objet de fierté. On avait établi un réseau ferroviaire d'un océan à l'autre. En 1883, un premier train traverse le Canada de Montréal (océan Atlantique) à Vancouver (océan Pacifique). L'entreprise était colossale compte tenu de l'immensité et du relief capricieux du territoire.

Présentement, au Québec du moins, la majeure partie du réseau a été détruite. On a enlevé les rails et on a vendu les terrains. Pourquoi? J'ai de bonnes raisons de croire que l'industrie pétrolière y a été pour quelque chose... Qu'on me le dise si je fabule. Je ne m'habituerai jamais à voir avec quelle désinvolture on détruit les joyaux du passé. Qu'on se rappelle le Chateau Menier à l'Ile d'Anticosti dont j'ai déjà parlé. Là aussi dans cette ile aussi grande que la Corse, il y a déjà eu un chemin de fer. Aucune route carossable ne traverse l'ile. Aucun chemin de fer ne se rend à Fermont. La voie ferrée qui passe tout près se rend à une heure de route plus loin avant de s'arrêter dans la province voisine: Terre-Neuve Labrador. Il faut revenir en taxi qui roule à l'essence.

S'il n'y avait pas de corruption, il n'y aurait pas de pauvreté,
Lucie Pagé

Ne quittez pas le train. Le récit est à suivre...

5 commentaires:

Lise a dit…

Bonjour Jacks,

quelle belle lecture (j'avais deux billets de retard) j'ai fait ici ce matin, enrichissante et démontrant qu'il y a encore de la générosité et du dévouement dans notre monde. J'ai lu aussi les liens que tu cites, et je suis d'accord avec toi; tout ce que l'on apprend finit par nous servir et il n'y a pas de détours inutiles.

Le parcours de Lillian Cingo est fascinant, et sa détermination admirable; que des gens n'aient jamais vu de médecins de leur vie, que la pauvreté extrême ne leur permettent que de faire soigner un membre de leur famille, malgré le coût dérisoire (pour nous du moins, tout est relatif...) des consultations, ça semble inimaginable. Et que dire des maladies pulmonaires ou maux de gorge causés par la cuisine faite à la...parafine (Ouache!).

J'ai lu il y a quelques années le livre "Mon Afrique" de Lucie Pagé, pas la suite, mais tes billets m'incitent à le faire. Je vais l'emprunter à la bibliothèque; comme ce n'est pas une nouveauté il sera surement disponible. J'aime apprendre et comme disait je ne sais plus qui "La culture c'est ce qui reste quand on a tout oublié".

Il est à souhaiter que ce "Train de vie" puisse continuer sa route sans encombres. Que des gens retrouvent une vue quasi normale (je pense à cette femme qui ne distinguait même pas les traits de son bébé tellement elle était presbyte) à cause d'une paire de lunettes, c'est comme un miracle pour eux; et tant de soins que nous trouvons normaux devraient être accessibles à tous, partout, dans un monde idéal. Encore que notre système de santé traîne de la patte ici aussi...mais ça c'est une autre histoire.

Ton blogue porte bien son nom: un détour en amène un autre (même à un recette de pétoncles :-)) , et la curiosité fait le reste.

Bonne journée Jacks!

Jackss a dit…

Bonjour Lise,

quel plaisir que d'entendre s'exprimer une personne aussi éveillée que toi.

C'est vrai, tu as tellement bien saisi la portée du message. Ta curiosité t'a amenée à regarder tout le décor (les liens) et appécier les réalisations dans ce qu'ils ont de plus nobles.

Jai bien aimé ta réflexion: Il y a encore de la générosité et du dévouement dans notre monde. Notre problème, c'est souvent de ne pas les voir, ne pas en entendre parler.

L'image que l'on nous donne de l'Afrique est loin de cette réalité. Nous avons un peu ce petit côté américain qui nous fait croire trop souvent que nous sommes les meilleurs dans tout.

L'exemple de ce train est fort éloquent. L'Afrique s'est doté d'un bon système ferroviaire pour parvenir à ses fins au plan médical. Nous serions bien mal placés pour les imiter: nous n'avons même plus de réseau ferroviaire digne de ce nom. Et pourtant nous avons à peu près la meilleure compagnie au monde pour construire des trains: Bombardier.

Pire encore: nous avons détruit l'infrastructure que nous avions déjà en 1883.

Il y a des modèles intéressants. Il faut les voir. Tu le fais bien. J'adore en parler. Mais il y a aussi des personnages publiques à dénoncer. Je n'aime pas le faire. Ça me dérange.

Mais on n'a pas le choix, car c'est sur notre silence, notre indifférence, que plusieurs comptent pour réaliser des actions qui sont loin de servir nos intérêts.

Joseph Facal l'a bien dit: À l’évidence, le gouvernement fait le pari que le peuple dort d’un sommeil si profond qu’il peut aller de l’avant sans trop risquer de le réveiller.

Heureusement, il se fait du très bon journalisme d'enquête depuis un certain temps, et ça s'améliore. Mais on échappe encore certains détails importants.

Zoreilles a dit…

Moi aussi, grâce à ton billet, j'ai pu faire des détours intéressants. Je n'avais jamais encore voyagé en train! Ah non, c'est vrai, j'ai déjà pris le train de Wakefield, une pure merveille, en Outaouais, une attraction touristique folklorique!

Le train de vie, quelle merveille, dont on pourrait s'inspirer ici même. C'est ce que Jean-René Dufort appelle « le CHUM à roulettes », il a le don de mettre de l'humour partout, celui-là, mais au fond, son message passe. Parfois, tes tournures d'esprit me font penser à Jean-René Dufort, justement.

L'Orford Express, je l'avais reconnu, je suis une fidèle de l'émission animée par Joselito Michaud. Souvent, les témoignages entendus lors de l'émission me ramènent à ce mot de Félix Leclerc : « C'est beau, la mort, c'est plein de vie dedans ».

Quant à la campagne de financement de la Maison Aube Lumière, j'espère qu'elle « va bon train ». J'ai accompagné plusieurs proches à la Maison des soins palliatifs de chez nous. Quand on a vécu ça de près, on n'a que de la reconnaissance dans le coeur et on se sent redevable à ceux et celles qui dirigent et contribuent ces maisons-là, qui savent donner un nouveau sens aux mots aimer, aider, donner, supporter, faciliter, vivre et mourir dans le respect, la dignité, l'amour des siens. Chaque fois qu'on a fait appel à moi (communication, secrétariat, financement) pour la Maison des soins palliatifs de chez nous, j'ai toujours répondu oui avec empressement.



ns.

Jackss a dit…

Zoreilles,

tu n'avais jamais pris le train? une attraction touristique folklorique!? C'est incroyable qu'on nous ait fait ce coup là. On aurait dû étendre ce service, pas le détruire!

Dans mon enfance, je prenais le train tous les mois pour aller voir ma soeur Manon. D'accord, l'événement était toujours un peu troublant. Mais j'ai toujours trouvé que c'était le meilleur moyen de transport. C'était rapide, peu cher, confortable. Aujourd'hui, on pourrait ajouter: écologique. Et quand on pense aux coûts d'entretien des routes... On a dépensé des milliards à ce chapitre cette année. Et il faudra recommencer dans peu de temps... pour le plus grand bonheur de ceux qui fournissent dans les caisses électorales.

En Europe, c'est tout le contraire. Le réseau ferroviaire est très développé. Sil fallait enlever les voies ferrées comme nous l'avons fait, ce serait la révolution! Et les français, les révolutions, ils ne les font pas à peu près. C'est à se demander s'il nous reste du sang français dans les veines. J'ai l'impression que notre sang s'anglicise.

Pour ce qui est des soins palliatifs, c'est merveilleux d'entendre ce que tu as à dire. Ton approche, je l'imagine exceptionnelle, à la hauteur de ce que je souhaiterais pour moi-même.

Quand on parle des consultations sur les orientations pour "Mourir dans la dignité", c'est significatif de constater qu'on ne parle que de suicides assistés et euthanasie.

On est loin de cette réalité quand on pense à ce monsieur mort sur une chaise dans la salle d'urgence, après 7hres d'attente, malgré les demandes répétés des proches pour lui fournir une civière.

Jean Charest a eu le culot de dire en chambre que ça prenait 10 ans pour former un médecin et que s'il en manquait c'était la faute de l'opposition. Il me semble que ça ne prend pas un cours de médecine ou d'infirmière pour apporter une civière à un mourant.

Jackss a dit…

Zoreilles,

C'est fou ce qui peut nous arriver. Je crois que mon ordinateur a développé une forme d'intelligence et qu'il aime faire des blagues. Un petit comique!

Imagine, je viens d'écrire sur ton blogue que tu avais 47 messages pendant que j'en avais 3. Et bien, aussi incroyable que ça puisse paraître, le dernier message que j'ai transmis a été reproduit 6 fois tout d'une claque. Il faudrait commander une enquête!