mardi 8 décembre 2009

La maison où j'ai grandi

Météo Havre-Saint-Pierre
Le temps a passé et me revoilà
Cherchant en vain la maison que j'aimais
Où sont les pierres et où sont les roses
Toutes ces choses auxquelles je tenais
Même de mes amis plus une trace
D'autres gens d'autres maisons ont volé leurs places

Françoise Hardy

Cliquez sur la photo pour voir la vidéo de la chanson.
La maison où j'ai grandi, elle ne nous appartenait pas. Nous n'étions que locataires. J'ajouterais même plus: cette maison n'existe pas. Et pourtant, pour chacun de nous, mes frères, mes soeurs, cette maison a une adresse: 2030 Duvernay. Elle a une âme. Mais ce n'est pas vraiment là que nous avons passé notre tendre enfance.

Reprenons tout du début. Ma mère est arrivée à St-Hyacinthe en 1952. Elle avait 29 ans et déjà, elle avait 6 enfants. Elle a habité le 2030 Duvernay toute seule. C'était l'endroit où nous pouvions nous réunir le dimanche, la plupart du temps. Mais il a fallu plusieurs années avant que nous puissions tous y être ou presque. Nicole n'était en effet plus là au moment de la réunification.

Yves (mon frère), Micheline (ma soeur), Francine(cousine), Nicole (sa dernière photo, 3 mois avant son décès)
J'ai été le premier à avoir le privilège de rejoindre ma mère au 2030 Duvernay. J'avais 13 ans. Puis il y a eu beaucoup de va-et vient. Je vous ferai grâce des détails. Je peux vous assurer cependant qu'il y a eu là, par la suite, une telle intensité dans nos émotions que nous avons eu l'impression d'y avoir vécu presque toute notre enfance. Il serait facile d'écrire tout un livre pour ne pas dire tout un roman aux milles rebondissements.

Il y a eu des instants tragiques, des moments pathétiques, des moments de bonheur, de douceurs, du suspense digne d'un film d'Alfred Hitchkok. Certains mystères n'ont jamais été éclaircis. Mais un événement nous a particulièrement marqués.

Un soir, un homme se présenta à la porte du logement de la rue Duvernay. Il frappa. Ma mère ouvrit. Le monsieur la salua avec un sourire et un regard étranges. Ma mère, surprise de la familiarité de l'inconnu s'empressa de demander:
  • Pardon monsieur, est-ce que je peux savoir qui vous êtes?

  • Mais voyons Yvette, s'empressa-t-il de dire. Tu ne me reconnais pas? C'est Roméo.
C'était mon père dont nous n'avions pas eu de nouvelles depuis 9 ans. Nous ne savions pas s'il était mort ou vivant. Imaginez, en 9 ans seulement, il avait changé au point d'être méconnaissable.

La première photo est plus récente que celle qui aurait pu être prise la dernière fois que j'avais vu mon père. Mais elle donne une bonne idée de ce qu'il avait l'air. La 2è photo a été prise peu de temps après le retour inattendu de mon père.
Mon père n'avait que 43 ans lorsqu'il est revenu.
Il paraissait beaucoup plus vieux.
Il en avait vu et en avait fait vivre de toutes les couleurs. Il avait été l'homme de tous les malheurs.
Mais son retour à la maison en 1965 avait été un moment d'extase, de bonheur intense dont je reparlerai dans mon prochain billet. Il est décédé à l'âge de 61 ans.

12 commentaires:

Zoreilles a dit…

Ouf, qu'il ait changé au point qu'elle ne le reconnaisse plus, elle qui avait fait six enfants avec lui? Si le visage change, habituellement, la voix reste la même, la posture, l'expression, le regard, l'attitude, etc. Tes parents ont eu un destin pas banal du tout... Par le fait même, ta famille aussi.

Tout ça reste marqué, n'est-ce pas?

Gelisa a dit…

Elle ne s'y attendait pas, c'est sûr qu'à la porte comme ça... Comment aurait-elle pu le reconnaître puiqu'il a beaucoup vieilli en si peu de temps.
J'aime bien ce blog et je m'y attarde toujours sur des anciens billets lorsque j'y viens.

Bonne journée et salutations à Zoreilles

Jackss a dit…

Zoreilles,

c'est vrai que c'est incroyable, mais aucun de nous n'a pu le reconnaître. Je ne peux vérifier avec ma mère si elle avait fini par reconnaître la voix ou d'autres détails.

Mais je peux confirmer qu'aucun des enfants n'a pu retrouver de détails venant de nos souvenirs. Il faut dire que les plus jeunes étaient bébés lorsque nous avons perdu la trace de notre père.

Nous avons l'impression cependant que lui, il venait parfois nous épier. Comme tu dis, Zoreilles, tout ça est loin d'être banal.

Jackss a dit…

Merci pour tes commentaires, Gelisa

C'est toujours encourageant d'entendre des commentaires comme les tiens. J'aime bien avoir l'occasion de me rappeler tous ces souvenirs.

Évidemment, j'ai de la famille qui aime bien lire mes billets. Ça rappelle des souvenirs à chacun de nous. Ça me donne aussi l'occasion de valider ma mémoire et connaître d'autres détails. Le prochain billet en fera d'ailleurs mention.

Lise a dit…

Jacks,

l'enfance semble éternelle dans nos souvenirs, et les endroits où nous l'avons vécue sont des souvenirs inoubliables, de même que les gens qui en ont fait partie. Il y a tellement de tes billets me ramenant à mes propres souvenirs d'enfance, que j'ai du mal à les lire parfois, et je passe vite, dans l'intention de revenir plus tard. Ce que je fais d'ailleurs, trop tard pour laisser un commentaire, ce qui vaut sans doute mieux.

Pour ce qui est de ton père, le changement était spectaculaire, d'après les photos, mais au point de ne pas le reconnaître aprèes neuf ans, c'est vraiment bizarre. Votre mère avait-elle souffert au point d'oblitérer toute mémoire à son sujet, l'attitude, la voix, oubli volontaire; ou avait-elle fait semblant de ne pas le reconnaitre, elle seule aurait pu le dire.

Mais en tout cas Jacks, tu es devenu un homme généreux, aimant, malgré tout; Laure et toi avez une très belle famille, et une bonne vie. C'est l'important!

Et cette chanson de Françoise Hardy (La maison où j'ai grandi), c'est ma préféré parmi toutes. Je pourrais écouter sa voix, si apaisante et nostalgique, en boucle durant des heures...

Jackss a dit…

Bonjour Lise,

Tu touches un point qui m'intéresse beaucoup. Quand je regarde tout ce que nous avons vécu depuis notre enfance, nous aurions toutes les raisons du monde d'en être sortis écorchés.

On explique parfois des comportements bizarres par l'histoire familiale. Il est possible que cet aspect puisse jouer dans certains cas. Il est possible aussi que certains aient moins de chances que d'autres pour s'en sortir. Il ait possible également que la cohésion familiale nous ait aidés.

Mais je crois aussi que notre vie nous appartient et qu'il ne faut jamais sous-estimer les capacités de l'être humain pour passer à travers les pires épreuves. Ce n'est que sur moi que j'ai de la prise. Pour le reste, je ne peux rien.

Jackss a dit…

Lise,

il est vrai que mon père a vieilli prématurément. J'ai toujours trouvé que c'était un bel homme. Mais il faut penser que sur la 2è photo, il n'avait que 43 ans. Ma mère quant à elle paraissait beaucoup plus jeune que son âge.

Jackss a dit…

J'ai ajouté un blogue dans mes favoris. Je le recommande chaudement. Cliquez sur le lien Le blogue de Joseph Facal

Joseph Facal a été Ministre dans le cabinet du PQ. Il fut entre autre ministre des affaires intergouvernementales. Il vit présentement en Espagne et y enseigne.

Il est présentement ma plus grande source d'inspirations. Il sait dire les choses clairement, franchement. Le regard qu'il porte sur la société est dur et inspirant.

Une femme libre a dit…

Votre vie est un roman. Un passionnant roman.

Jackss a dit…

Heureux de te revoir, Une femme libre.

Ton intérêt me réjouit. Ma vie, c'est tout à fait comme ça que je la vois: un roman aux mille rebondissements. Et surtout: beaucoup d'émotions fortes.

Je ne peux la comparer avec personne d'autre puisque chacun porte en lui ses secrets de famille.

Même mes enfants en ignorent une bonne partie. J'en raconte rapidement des brides à l'occasion, sans plus. Il est arrivé parfois que mes enfants me demande de mettre mes souvenirs sur papier à leur intention.

Mine de rien, je me rends compte que je le fais de plus en plus ici, sur mon blogue. Mais pour l'instant, mes enfants y viennent rarement. Je ne les blâme pas. C'est le rythme fou de la vie qui oblige chacun à faire ses choix. J'imprimerai donc l'essentiel pour le moment où ils auront le goût et le temps de s'y référer.

Nanou La Terre a dit…

Pathétique Jackss,
cette histoire d'un père absent qui, soudain, sort de je ne sais où. Et l'amour des enfants pour son parent est toujours présent. Et je dirais surtout pour le petit garçon qui retrouve son identité masculine dont il a tant besoin et tant manqué aussi. Que ce père fut ou non un bon modèle, les enfants rechercheront toujours l'amour de ce père manquant. Mon Fafouin a des points en commun avec vous Jackss...

Éléonore a dit…

Comme promis Jackss je suis revenue reprendre mon retour.
Je vais lire consciencieusement tous les derniers messages.
J'aime les récits empreint de mystère et d'émotion, comme celui-ci.

Connais-tu le film "le retour de martin guerre" on dirait ton histoire.

Je poursuis ma lecture !