dimanche 16 juin 2013

Kégaska, la suite

Suite du billet précédent

J'ai hâte de continuer le voyage sur le Nordik Express, je reste à bord, je bouge pas.
Savais-tu qu'il y a une chanson qui mentionne Kegaska et Pointe Parent? Une chanson country d'Albert Babin qu'un de mes oncles chantait avec tellement d'émotion que je l'ai déjà vu péter la 5e corde de sa guitare!!! (Zoreilles, Commentaire du précédent billet)
Kégaska, vue du Nordik Express (avril 2012)


 Le commentaire de Zoreilles avait piqué ma curiosité.


Albert Babin
DANS MON SHACK

Dans mon shack à Pointe-Parent
Sur des airs de Johnny Cash
Une douzaine de grosses "Mols"
Et du gibier dans ma cache
Deux livres de baloney
On est parti de Pointe-Parent
C'est Yves qui nous a conduits
Jusqu'à bord avec ses amis

C'est à bord du Marie-Linda
Qu'on a fait le plus beau voyage
On descend pour Kégaska
Demain soir ça fêtera là-bas
Y'a Ti-Pierre et puis Ti-Paul
Embarqués sur le Marie-Linda
Ti-Pierre dit à Ti-Paul
"Bois pas trop, rend-toi à Gaska"

Arrivés à Kégaska
Y'a des gens bien sympathiques
Vous souhaitent la bienvenue
Tout en arrangeant leurs morues
C'est à bord du Marie-Linda
Qu'on s'est rendus à Gaska
Dans ce petit village
Juste à temps pour le mariage

C'est à bord du Marie-Linda
Qu'on a fait le plus beau voyage
On descend pour Kégaska
Demain soir ça fêtera là-bas
Y'a Ti-Pierre et puis Ti-Paul
Embarqués sur le Marie-Linda
Ti-Pierre dit à Ti-Paul
"Bois pas trop, rend-toi à Gaska"
Ti-Pierre dit à Ti-Paul
"Bois pas trop, rend-toi à Gaska"

Vous pouvez entendre la trame sonore en cliquant sur Dans mon  shack.
Si vous aimez le country, vous allez adorer.

Imaginez, c'est tout un défi. Citer Kégaska dans une chanson, il faut le faire. Un petit village isolé d'à peine 130 habitants, loin de tout, sans même de route pour s'y rendre, c'est tout de même assez spécial. Il faut dire que cette ville n'est qu'à 78 kilomètres de Natashquan, la terre natale de Gilles Vigneaut, elle même passablement isolée. Elle l'est un peu moins depuis que la route s'y rend. On dit que la route 138, la seule de la région, se termine à Natashquan. La pancarte qui annonce la fin de la route se trouve plus précisément à Pointe-Parent.

On avait dit que la route devrait relier Kégaska à l'automne 2013. J'irait tout près au mois d'août. Je pourrai vous dire si la promesse sera tenue.

Dans cette chanson country, il est question de Pointe-Parent. Il s'agit d'une réserve d'autochtones innus situé à 5 kilomètres à l'est de Natashquan. Kégaska n'a que 150 habitants. Et pourtant, elle a toute une histoire. Il y a eu plusieurs périodes de peuplement dans les siècles passés.

Des artéfacts archéologiques attestent d’une présence primitive autochtone dans la région. En 1831, la Compagnie de la Baie d’Hudson occupe un poste de pêche au saumon et de traite à l’embouchure de la rivière Kegaska.

Au début des années 1850, des familles acadiennes des Îles de la Madeleine s’établissent à Kegaska. Ils quittent l’endroit en 1870, probablement à cause d’une épidémie de diphtérie.

En 1855, Samuel Foreman, colon anglophone, arrive de Nouvelle-Écosse. Des familles de Terre-Neuve viennent le retrouver, mais elles repartent un peu plus tard. La plupart des familles d’aujourd’hui descendent de familles d’expression anglaise venues d’Anticosti à la fin du XIXe siècle. Bien que la communauté dépendait autrefois de la morue, c’est le crabe qui en est maintenant la principale source de revenus


Kegaska est bâti sur la rive de deux baies et sur une île reliée par un pont. Le nom de Kegaska vient du mot innu quegasca, mot qui désigne un raccourci et un passage facile à marée haute entre la terre ferme et les îles.




Nous ne sommes pas descendus du bateau. Il s'est arrêté au quai pendant 1h30. C'est le temps qu'il a fallu pour décharger des conteneurs de provisions. C'est la seule façon pratique d'approvisionner le village. Nous ne sommes pas descendus, mais nous avons longuement contemplé l'endroit, éblouis et intrigués. Comment peuvent se sentir ces gens coupés de toute route carrossable?  Quelles sont les sentiments qui les habitent à l'idée de cette route à venir? Nous n'avons pas pu le savoir puisque nous n'avons pu parler à personne. Mais nous aurons l'occasion de poser la question au prochain arrêt: La Romaine.

C'est fou le hasard. Je venais d'écrire les lignes qui précèdent en indiquant que nous n'avions pu vérifier ce que pensaient les gens de Kégaska de la nouvelle route promise. Et voilà que je suis tombé sur un reportage de Radio-Canada qui lève le voile justement sur la question.

Kégaska bientôt désenclavée
 (Source: http://www.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2013/04/15/002-basse-cote-nord-kegaska-route.shtml)

Photo (Radio-Canada) 
Le texte qui suit donne une bonne idée des boulversements à venir.
 
À l'automne, la route en gravier sera complétée entre la rivière Natashquan et Kegaska, en Basse-Côte-Nord. Les travaux de construction du pont qui enjambe la rivière seront terminés. Le village ne sera plus isolé du reste de la région.
Les 150 résidents anglophones appréhendent toutefois la fin des travaux de construction du pont sur la rivière Natashquan. Les résidents du petit village de pêche anticipent des changements importants à leur rythme de vie.
Femme d'affaires à Kegaska, Ruth Kippen rappelle que plusieurs habitants de Kegaska n'ont pas de voiture. « On voit, note Mme Kippen, plus de monde circuler dans le village en VTT, pas de casque et pas de plaque, qu'on voit des gens en auto avec des plaques sur les voitures. Mais, c'est certain qu'on va s'ajuster à ça. » Plusieurs citoyens, détenteurs de permis territoriaux, devront donc obtenir des permis de conduire.
Certains se demandent si Kegaska demeurera une escale de la desserte maritime et d'autres, si Desjardins maintiendra sa caisse, ouverte pendant 15 heures par semaine. « Ce ne sont pas tous les gens, souligne Ruth Kippen, qui sont capables de travailler avec Internet puis Accès-D ou de monter à Natashquan, une fois pas semaine pour aller faire leur transaction. »

Que pense les populations de la route qui va les relier au reste du Québec? Les réponses sont surprenantes. La civilisation, la modernisation, l'ouverture sur le monde comportent des avantages certains, mais aussi une foule de bouleversements pour ne pas dire de tracasseries. Nous y reviendrons.

À suivre...

6 commentaires:

Dédé a dit…

Je ne sais pas ce que peuvent penser les gens d'être ainsi coupés du monde. Sans doute certains seront contents d'être enfin reliés au reste du monde par une autre. D'autres pas du tout.
Si la route est construite dans le respect des éléments naturels, pourquoi pas?
Si c'est une autoroute qui dénature le paysage, ce serait une plaie.

Dédé a dit…

je voulais dire: "par une route" et non "par une autre".

Jackss a dit…

Belle tentative, Dédé

Mais ce n'est pas tout à fait la réponse que j'ai entendue. Tu aimeras sûrement savoir ce que les intéressés en pensent.

Merci d'être là. C'est toujours agréable de sentir ton intérêt.
Et, cette fois, tu es la première à te présenter. C'est toujours ceux qui partent de plus loin qui arrivent les premiers. :-)

Jackss a dit…

Dédé

Je viens de trouver, par hasard, une partie de la question que j'avais soulevée à la fin du billet précédent.

J'ai donc ajouter quelques paragraphes pour en tenir compte. Et j'ajouterai d'autres éléments à mon prochain billet.

Zoreilles a dit…

Eh que j'aime donc ce voyage sur le Nordik Express!

J'aurai au moins vu une partie du paysage de Kégaska et j'en aurai appris des petits bouts de son histoire. Tu es mon guide voyage dans ce pays de la Côte Nord que je rêve de visiter un jour pas trop lointain.

Leur vie va beaucoup changer avec l'arrivée de la route... Certains ont des craintes et je les comprends. Vont-ils perdre le privilège d'être desservis par le bateau? Moi, c'est ce qui m'inquiéterait le plus. Et leurs services essentiels? On ferme des villages pour moins que ça dans plusieurs régions du Québec...

Jackss a dit…

Tu te poses toujours les bonnes questions, Zoreilles

Te connaissant, la suite de mon récit devrait te plaire. Elle apportera un éclairage nouveau sur les avantages et les inconvénients d'un lien routier. C'est un aspect de la Côté-nord qui m'a beaucoup captivé et enrichi.

Il n'y a pas si longtemps, havre-Saint-Pierre se situait à la fin de la route. On en sent encore les effets. Puis, la route s'est rendue à Natashquan. Lorsqu'on de rend à Natasquan, on peut louer un CD qui nous guide tout en nous donnant de savoureuses informations à mesure que le paysage se déroule sous nos yeux. Les anciens sont d'ailleurs invités à nous parler de leur expérience suite au prolongement de la 138 sur leur territoire.

Si tu vas visiter la Côté-nord, je t'offre mes services de guide même si je n'y habite plus. On ne sait jamais, peut- être l'occasion pourrait se présenter, à moins que nous nous y trouvions en même temps, par hasard ou un étrange phénomène de synchronicité.

Je viens de faire une activité bien différente qu'on ne peut faire sur la Côté-Nord. Je suis allé chercher du fumier dans un champs. C'était bucoliques. Cinq magnifiques chevreaux tournaient autour de moi, comme intrigués par ce que je faisais. J'aurais pu leur toucher. J'adore ces bêtes, et je regrette qu'ils ne fassent plus partie de notre quotidien comme autrefois.