L'homme appartient à la vie, mais la vie n'appartient pas à l'homme.
[Fabien Blanchot]

Sans le hasard et quelques secondes de répit, ma vie se serait arrêtée brusquement, laissant mon niveau scolaire primaire inachevé. Un vrai miracle! Ou un simple hasard. L'histoire est incroyable, authentique malgré tout.
J'avais 7 ou 8 ans. J'étais en visite chez mon oncle "Jacob" Champagne. Ce dernier possédait et possède encore une ferme familiale peu commune, dans la campagne d'Acton Vale. La maison de style victorien, construite en 1870, possède 22 pièces. Rien à voir avec les habitations d'aujourd'hui. La terre faisait 200 arpents. La photo ci-contre donne une idée du domaine.
J'étais impressionné par la maison, les bâtiments de ferme, la machinerie agricole. Juste devant la ferme, il y avait ce jour-là une très grande charette chargée de foin. Une grande fourche mécanique agrippait d'immenses charges dans la charette pour remiser le tout dans la grange. Curieux, et quelque peu hyperactif, j'ai voulu voir ça de plus près.
Je suis monté dans la " tasserie". Le nom est normand et désigne la pièce où on entasse le foin, le blé... pour l'hiver. Arrivé en haut, sur le tas de foin, j'ai vu la grande fourche remplie de foin au dessus de ma tête. De là, le spectacle était excitant. J'ai levé la tête pour mieux observer le décor. C'est à ce moment précis que la grande fourche a lâché son contenu. Et je l'ai vu de très près. Mais pas pour longtemps. J'ai été complètement ensevelli, ne pouvant plus bouger. J'ai poussé un cri, puis un long gémissement. Puis, j'ai eu le souffle complètement coupé par une seconde charge tombée sur moi.

Je me souviens de la suite comme si c'était hier. Je ressentais comme une boule dans la poitrine et une sensation désagréable d'oppression. Dans ma tête, c'était clair: j'étais sur le point de voir à quoi ressemblait l'autre monde. J'étais curieux, mais triste à l'idée de ce que ma famille allait vivre en me trouvant, je ne savais trop quand, sous le tas de foin. Je me souviens avoir eu le temps de réciter mon acte de contrition.
À suivre...








