Elles touchent nos croyances et notre naîveté
Robert BradfordL'homme à la valise 1967
Agent de la CIA en poste à Londres, McGill, accusé à tort d'avoir trahi son pays, est contraint de démissionner des services secrets. Voulant à tout prix être réhabilité, il devient détective privé et accepte de résoudre toutes les affaires qu'on lui propose pour la somme de 500 dollars par jour plus les frais. Il n'a qu'un seul bagage : une valise contenant quelques vêtements et son arme.
L'homme a la valise fut une émission très populaire en 1967, l'année de mon mariage avec Laure. Nous avions loué une télé noir et blanc. J'aimais Laure et deux émissions de télé: Chapeau melon et bottes de cuir et L'homme à la valise.
La première émission que j'ai vue de l'homme et la valise fut ma préférée. Je m'en souviens encore. L'homme à la valise, McGill, fut chargé de retrouver en Afrique un criminel qui s'y cachait sous le personnage d'un missionnaire barbu. Il le retrouva. Il fut intrigué de voir comment ce missionnaire était apprécié. Il se comportait comme un saint homme. Au moment de l'arrêter, il lui demanda comment il pouvait faire pour avoir ainsi une double vie aussi différente l'une de l'autre. Le faux missionnaire répondit qu'il s'était fait prendre à son propre jeu. Il était devenu croyant et doté d'un dévouement sans borne pour ses ouailles.
Évêcher St-Hyacinthe
L'autre histoire est vraie celle-là. Je l'avais vécu en 1964 environ. J'étais étudiant au Séminaire de St-Hyacinthe. Nous avions fait la connaissance d'un missionnaire d'Amérique du Sud qui résidait à l'évêcher de St-Hyacinthe en attendant de retourner en mission. C'est un des meilleurs prêtres que j'ai connus. Il prêchait des retraites émouvantes, nous confessait (sauf moi à cause de mes fous rires), recueillait des aumônes pour sa mission du Brésil. Nous étions tous touchés par ses anecdotes, son approche humaine, sa façon de nous expliquer l'évangile.Au début des vacances, il demanda à un de mes collègues de classe un grand service: se faire reconduire à sa mission. Vous comprendrez qu'il accepta de bon coeur. On ne refuse pas un service à un grand émissaire de Dieu. Chacun doit faire sa part! Le voyage fut très agréable.
Un fois arrivé au Mexique, le missionnaire s'empara de l'auto. Elle ne fut jamais retrouvée. Le missionnaire non plus. Une histoire comme celle-là quand on est adolescent, ça marque! Il faut tout de même avouer qu'on peut parfois faire preuve facilement de beaucoup de naîveté. Même l'évêque s'était fait prendre au jeu.
Ce que je retiens de ces histoires:

Un criminel peut faire un bon religieux. Il peut se prendre lui-même au jeu. Mais le plus souvent, c'est l'inverse. Raêl est un bon exemple. Sa secte a fonctionné longtemps au Québec. Il a profité des tous les avantages fiscaux d'une église. Il a abusé financièrement et sexuellement de ses membres souvent très jeunes. Même ma fille a failli se faire prendre en allant y faire une recherche dans le cadre de son cours de religion. Je me demande bien où il peut être rendu.
Quand je vois tous les abus, toute la violence qui se font au nom de Dieu, je crois qu'il faut souhaiter vivre dans une société civile. Je crois que nous n'avons plus le choix.
En même temps, je crois qu'il y a un vide difficile à combler. Nous manquons de repères, de valeurs communes. C'est la lecture que j'en fais en souhaitant me tromper. Mais je continue de faire confiance à l'humanité et dans les valeurs inscrites dans la nature.
Notre naiveté, c'est aussi du bonbon pour les politiciens. Ils savent que pour une bonne couche de la population on peut dire n'importe quoi, promettre le ciel sur terre et être crus. Ils savent que nous avons la mémoire courte.