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mardi 3 mai 2011

Les politiciens qu'on mérite...

Il parait qu'on a les politiciens qu'on mérite. Je crois qu'on vient de perdre un grand homme qu'on ne méritait plus.

J'ai beaucoup de choses à dire. Comme plusieurs. Mais pour l'instant, je préfère laisser la voix à d'autres. L'article de Yves Boisvert de La Presse du 2 mai 2011 est très éloquent et mérite réflexion.

On dira qu’il l’aura eu plus facile, puisque jamais il n’aura eu à défendre un bilan, à assumer des responsabilités. C’est oublier un peu vite les premières années du Bloc québécois, les accusations de haute trahison dans certains quartiers, les moqueries. Vingt-et-un ans “faciles” en politique fédérale, ou en politique tout court, ça n’existe pas.

Gilles Duceppe ne l’a pas eu facile. D’abord, il a succédé à Lucien Bouchard, ce qui vous condamne à une comparaison… Ensuite, il a eu à discipliner une bande de députés disparates –venant de tous horizons politiques. Surtout, il a eu à établir la crédibilité du Bloc québécois à Ottawa. Et il l’a fait. Le Bloc, sous la gouverne de Gilles Duceppe, a été un parti assidu, compétent, pertinent.

Quand on a fait le compte des présences et des absences des députés, on a vu que le Bloc se classait tout en haut. Ces gens-là ont fait leur travail, et c’est parce que Gilles Duceppe a donné l’exemple de la discipline. Fallait-il qu’il soit désespéré pour que, la semaine dernière, il souffre d’entendre ce clown de Gérald Larose insulter bêtement tous les politiciens fédéraux et traiter de crapuleux Jack Layton. Aimez Jack ou pas, mais… crapuleux? Misère. Voilà exactement la ligne que jamais Gilles Duceppe n’a jamais franchie: le mépris.

Toutes ces années, il a résisté au sectarisme. Le Canada est un grand pays, ce n’est simplement pas le nôtre, disait-il. On veut simplement gouverner à notre façon. C’est assez différent, comme approche, de ces revanchardes tirades des Larose et autres anciens combattants. Gilles Duceppe a été un chef digne et intelligent qui ne nous a jamais fait honte. Souvent, il appelait les journalistes quand il se sentait injustement critiqué, ou quand il jugeait qu’on (enfin… je) avait fait une erreur. Il était parlable. Il avait des documents à l’appui. Il connaissait ses dossiers.

Yves Boisvert
C’est un monsieur bien, Gilles Duceppe. Et finalement… Finalement, ironie de l’histoire, il a été un des plus remarquables chefs de parti politique à avoir oeuvré à Ottawa. Plus tard, il conviendra de conclure si la machine fédérale a avalé le souverainisme bloquiste, s’il a atteint sa limite… Ou s’il a eu une mauvaise année. Mais hier soir encore, avec sa fidèle Yolande, Gilles Duceppe a été digne, respectueux, mesuré dans ses propos.

Il est sorti de la politique comme il en a vécu. Avec honneur et classe.
Comment expliquer des résulats aussi imprévisibles au début de la campagne électorales? Même au lendemain du débat télévisé des chefs, on disait Gilles Duceppe gagnant. Le Bloc québécois qui était indélogeable au Québec depuis sa fondation est passé de 47 à 3 députés.

Comment expliquer?
  • Un simple hasard?
  • Un vent de changement comme il en souffle sur toute la planète?
  • Une mauvaise conjoncture?
  • Une mauvaise stratégie électorale?
  • La chute de l'option souverainiste accentuée par le manque de leadership au parlement du Québec.
  • La concentration de la presse et des médias qui ne rapportent plus les informations objectivement?
  • L'ignorance des électeurs?
  • Le manque de connaissances de la jeune génération de notre histoire du Québec, ses luttes, ses acquis?
  • Le manque de vision des partis nationalistes québécois?
  • Aucune de ces réponses?
On a dit que le NPD a bénéficié d'une vague...
Havre-Saint-Pierre, janvier 2011
Je trouve qu'on ne pouvait trouver plus triste scénario, une sorte d'ingratitude politique. Rassurez-vous, je n'ai voté ni pour le NPD, ni pour le parti conservateur. Je le concède: ces deux partis n'ont jamais été très sensibles aux intérêts du Québec.

On n'a qu'à penser à cette candidate du NPD de 27 ans travaillant dans un bar qui a pris des vacances à Las Vegas durant toute la campagne électorale. Elle ne pouvait accorder aucune entrevue en français parce qu'elle ne le connaissais pas assez. Elle s'est présentée dans un comté francophone à 99% et a été élue.

Je n'ai rien contre les bars, mais le lien avec la politique n'est pas évident. Du moins, j'ose l'espérer.

Joseph Facal, ancien ministre péquiste, fait un commentaire peu rassurant que l'on peut voir intégralement sur son blogue (voir lien à droite):

Nonobstant ce que je peux penser de ses idées, Michael Ignatieff est celui des quatre chefs qui a fait la campagne la plus étoffée, la plus digne, la moins populiste. Professeur à Harvard, auteur de dix-sept livres, faisant des phrases complètes avec un vocabulaire recherché, cela le rendait forcément, pour beaucoup de gens, "hautain", "déconnecté", "élitiste".

La hauteur est un «défaut» fatal chez nous. Nos chefs ne doivent surtout pas avoir l’air de chefs : ils doivent danser le limbo devant nous. Toujours plus bas. Quant au Bloc, pardonnez-moi, mais il est maintenant plus mort que Ben Laden. On ne retrouvera même pas le corps. Il a fait du bon travail pendant longtemps, mais il vivait sur du temps emprunté et la reconnaissance n’existe pas en politique. Le PQ, lui, peut oublier tout de suite sa «gouvernance souverainiste» et ses fantasmes référendaires. Il ne devrait même pas exclure qu’une collection de nobodys vienne le balayer lui aussi.


Voilà qui rejoint parfaitement ma pensée. Je crois que le parti québécois subira le même sort que le Bloc. Si vous vous demandez pour qui j'ai voté, il n'y a qu'à me le demander.