lundi 2 octobre 2017

J'ai mon voyage!

Vous connaissez l'expression "J'ai mon voyage"? Et bien, en voici un exemple qui dit tout.

Il y a 50 ans, Laure et moi, nous étions mariés et séparés dans le même mois.
Notre voyage de noce venait à peine d'être terminé. Les parents de Laure avaient accepté de la reprendre chez elle, à environ 150km de mon domicile.

Dans ma vie les choses ne se sont jamais passées comme je les avais prévues. J'ai appris très tôt que je ne pouvais organiser et planifier ma vie, même pas un jour à la fois. Je suis un maniaque de la planification. Mais on est comme on naît. Et parfois, c'est le hasard qui mène!

Si vous avez lu mon dernier billet, vous savez déjà que Laure et moi, nous nous sommes mariés le 4 septembre 1967. Et, ce même jour, nous sommes partis en voyage de noce, le coeur en émoi. Le premier soir, nous nous sommes arrêtés dans un môtel très ordinaire, en Pennsylvanie: Le Miller's Motel.

Devant le motel, il y avait une inscription: "Les chiens et les chats sont acceptés. Ils ne m'ont jamais volé de couvertes ou de serviettes de bain". Nous non plus. L'inscription nous avait bien amusés comme tout le reste de notre séjour en Pennsylvanie, USA.

Notre destination pour le voyage de noces était reconnue comme le paradis des amoureux.
Nous avons adoré l'endroit. Il y avait un décor très spécial dont un bain en forme de coeur.
L'endroit: le Mount Airy Lodge au mont Pocono.




Le hasard mène tout. Il est omniprésent. Il faut l'avoir à l'oeil. Et justement, il est dans la cour du voisin comme pour  nous rappeler qu'il est toujours là.
Voici une photo que j'ai prise la semaine dernière dans la cour du voisin.



L'auto rouge photographiée dans la cour du voisin la semaine dernière, c'est une Vauxhall Viva.
C'est exactement le type d'auto que nous possédions pour notre voyage de noces en 1967. Mais la mienne, elle était beige. Je l'avais achetée usagée au début de l'année. Un mois ou deux après l'achat, une roue arrière s'était détachée et m'avait dépassé sur l'autoroute des Laurentides. Mes trois passagers ont eu la frousse de leur vie.

Revenons à notre voyage de noces. Nous étions sur le chemin du retour. J'ai pris de l'essence à Catskill en Pennsylvanie. Au moment de partir, Laure m'a demandé:
- Veux-tu vérifier l'huile?
- Mais non. On doit être correct, lui répondis-je.

Une demi-heure plus tard, ce qui devait arriver arriva. Le moteur a brûlé, faute d'huile à moteur.
Un policier américain nous a arrêtés, le gyrophares en mouvement. Il nous a demandé nos pièces d'identité et nous a dit que nous aurions droit à une contravention parce qu'il était interdit de s'arrêter sur le bord de l'autoroute. Nous sommes expliqués, il a vérifié et a appelé une remorque.
L'auto a été remorquée. Nous sommes restés à l'intérieur tout en admirant une pleine lune ironique.

Le lendemain, nous avons appris qu'aucun concessionnaire n'avait les pièces de cette voiture aux USA, même pas à New-York ou San Francisco. Il fallait aller les chercher au Canada et revenir les porter au garage en Pennsylvanie Nous avons pris un motel pas cher, un peu découragés. Nous n'avions plus d'argent.

Il nous restait quelques dollars à peine. Nous sommes allés au restaurant. J'ai téléphoné à l'hôtel ou nous avions séjourné pendant notre voyage de noce. Nous avions fait connaissance avec des québécois qui devaient rentrer au Québec le lendemain dans l'espoir d'avoir une solution pour revenir avec nos bagages. Le maître d'hôtel nous a dit qu'il était impossible de déranger des touristes en vacances chez eux.

Lorsque j'ai fait part de la nouvelle a Laure, elle a éclaté en sanglots de façon tellement émouvante qu'un américain bien bâti dans la trentaine ou quarantaine, à la table voisine, s'est levé et est venu vers nous pour s'informer de la situation. Il nous a demandé le no. de téléphone de l'hôtel où se trouvaient nos amis. Il a parlé fort!. Puis il a passé le récepteur à Laure. Il lui a dit:
 "Voilà, votre ami est en ligne".

Nous avons attendu nos amis au moins une douzaine d'heures, assis sur le bord de l'autoroute, le lendemain, avec nos valises. Et c'est ainsi que nous avons pu entrer au pays.

Conclusion: en 1967, il y avait encore des américains sensibles et très humains.

Mais ce fut pour moi l'occasion de découvrir davantage le caractère merveilleux de Laure.

Jamais, elle ne m'a reproché de ne pas avoir vérifié l'huile à moteur avant que la catastrophe ne se produise.

Elle a un caractère en or qui ne s'est jamais démenti. 50 ans plus tard, j'y pense encore. Les reproches, ce n'est pas son genre.

Je me sens comblé par le fait que le hasard m'a permis un jour de croiser son chemin.


4 commentaires:

Dédé a dit…

Très émouvant de parler ainsi d'une personne après 50 ans de vie commune. C'est la découverte sans cesse renouvelée. Laure n'a pas de blog pour parler de toi? 😊 je t'embrasse en imaginant en souriant la roue qui te dépasse sur l'autoroute.

Jackss a dit…

Bonjour chère amie Dédé!
Merci d'être toujours là. J'apprécie toujours ta présence. Laure a un caractère en or. c'est vrai. Mais elle n'a pas de blogue.
Alors, si un jour je veux faire mon éloge, je devrai le faire moi-même. 😄

manouche a dit…

Voyage de noces mouvementé !

Zoreilles a dit…

Que c'est passionnant et émouvant de t'entendre raconter et parler de Laure avec tant d'amour. Pour l'avoir connue un peu, j'abonde dans le même sens que toi. Laure est une femme intelligente, elle sait bien que te reprocher quelque chose n'aurait avancé en rien du tout.

Tu sais, en 1967, il y avait encore beaucoup de bon monde dans le monde comme disait mon père qui a toujours eu un préjugé favorable envers tout le monde et qui disait que ça lui avait toujours beaucoup plus rapporté que ça lui avait nui dans sa vie.

Je me demande souvent ce qu'il dirait de notre vie d'aujourd'hui... Les choses changent si vite que j'ai de la misère à m'adapter.

Il en faudrait plus, des gens comme toi et comme Laure, des amoureux inspirants!